Imprimez
Le réalisateur Pedro Costa explique qu’avec En avant, jeunesse, il a souhaité revenir sur la vie d’un quartier qui lui tenait particulièrement à coeur : "Le quartier de Fontainhas, au nord-ouest de Lisbonne, où j’ai tourné Ossos, n’existe plus. Il était déjà en démolition quand je tournais Dans la chambre de Vanda. Les familles ont été relogées beaucoup plus loin, dans un nouveau quartier qu’on voit dans le film, Casal Boba. J’ai pensé que c’était le moment de revenir en arrière, de réaliser une fiction sur les premières baraques et les premiers habitants de ce quartier."
Mario Ventura Medina, le personnage principal, est un ouvrier blessé sur un chantier qui a souvent joué pour Pedro Costa. Il renvoie directement au personnage incarné par Isaach de Bankolé, victime d’un accident similaire au début du second film du cinéaste portugais, La Maison de lave (1994).
A son sujet, le réalisateur déclare : J’avais croisé Ventura à plusieurs reprises pendant le tournage des autres films. Il était l’un des plus marginaux, un solitaire, un hors-la-loi un peu à part. Il m’a toujours intrigué. J’ai discuté avec lui et appris qu’il a été l’un des premiers à construire une maison dans le quartier. Il est arrivé à Lisbonne seul, sans famille. Peu à peu, la vie de Ventura durant les années 75/80 s’est mélangée à l’histoire de ce quartier. Il m’a raconté ses difficultés, ses amours."
Peinture d’une certaine violence En avant, jeunesse est le sixième long métrage du cinéaste portugais. Il y décrit sans agressivité la violence qui règne dans un quartier, mais également la violence de la société extérieure vis-à-vis de ce lieu.
En avant jeunesse transforme en icônes vivantes et parlantes des gens de peu, les élève au dessus du sol pour les rapprocher de la lumière. On reproche à Pedro Costa un certain voyeurisme, de se complaire dans la vision d’êtres, mais cette accusation ne tient pas debout. C’est en peintre politique que Pedro Costa les filme, sans rechercher ni à les embellir, ni à les enlaidir. Pedro Costa filme tout cela avec une rigueur et une radicalité qui lui sont habituelles : de longs plans statiques qui fixent les personnages au centre de l’écran, en légère contre-plongée et en courte focale. Avec cette attention à l’humain et ce réalisme dans la pose, Pedro Costa est peut-être, finalement, le seul cinéaste renaissant ayant jamais existé.