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La fin tragique d’un clandestin


vendredi 15 septembre 2006 - Réagir Imprimez

Le corps déchiqueté d’un Algérien de 19 ans, Zahir Guennana, originaire de Kendira, en Petite Kabylie, a été trouvé le 4 septembre dans un champ, près de l’aéroport de Roissy. Le clandestin avait voyagé dans la loge du train d’atterrissage d’un avion, qui avait décollé de l’aéroport de Béjaïa, à 250 km à l’est d’Alger.

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Air Algérie

Village de montagne aux murs gris suintant l’ennui, Kendira vit un cauchemar. Chez les Guennana, partagés entre l’émotion et la stupeur, on refuse d’y croire. Le père, 54 ans, était veilleur de nuit dans une entreprise communale de la vallée d’Amizour, à 20 km en contrebas. Il y a huit ans, il était déclaré invalide, en raison de légers troubles psychiatriques. La mère, une femme au foyer de 53 ans, veillait sur ses six garçons, aujourd’hui tous actifs. Avant le drame, Zahir Guennana, le benjamin, gardait un champ de pastèques dans une ferme du voisinage. Exclu du collège en 2003, il s’engageait très vite dans la vie active.

« Il voulait s’en sortir à la force des bras, raconte son frère Nassim, son aîné d’une année. Manoeuvre ou ouvrier agricole, il ne reculait pas devant l’effort. Même à la maison, il aidait ma mère à faire le ménage. » Halim, 30 ans, l’aîné de la fratrie, et commerçant à Réghaïa, dans la banlieue algéroise, surenchérit : « Il y a quelques mois, j’ai acheté un lot de terrains à bâtir. Quand il l’a su, il m’a remis une importante somme d’argent, pour m’aider à le payer. »

Comment un garçon « normal, travailleur, généreux, mature, responsable » a-t-il brusquement dérapé dans une aventure aussi folle que désespérée ? Son ami Farès, un rouquin de 18 ans, refuse d’y croire. Les deux garçons se sont connus il y a quatre ans, sur une plage de sable fin de la côte de Béjaïa. Pendant les vacances, ils partageaient leur temps entre les joies de la mer et les travaux à la ferme, pour gagner un peu d’argent. Lors des émeutes du Printemps noir de 2001, en Kabylie, ils avaient jeté des pierres contre les « gendarmes assassins » qui avaient tué 123 manifestants. « Comme tout le monde ! » remarque Farès.

N’ayant pas une vocation de martyr, ils étaient plus sensibles aux premiers émois de l’adolescence qu’aux sirènes de la révolution. Dans les discussions, Zahir parlait volontiers de sa copine, une lycéenne qu’il aimait à distance, sans jamais le lui avouer.

Farès étouffe un sanglot : « Jamais, il n’a évoqué un projet de départ. Une seule fois, il y a longtemps, il m’avait dit en plaisantant : je vais nager jusqu’à Marseille ! Il était courageux, mais pas au point de tenter pareille aventure. »

Nadir, 20 ans, qui a passé la nuit du 1er au 2 septembre avec le défunt n’en revient pas : « Il devait suivre un stage de cuisine dans la même école que moi. Dans la discussion, il n’avait aucun projet de départ, sinon il me l’aurait confié. Le lendemain matin, il est parti à l’aéroport pour saluer sa tante qui devait retourner en France, à Metz. »

Samedi 2 septembre, son cousin Nabil, un coiffeur de 29 ans, est le dernier à l’avoir vu vivant : « En fin de matinée, j’ai accompagné ma tante et ses trois enfants à l’aéroport de Béjaïa où ils devaient embarquer. Arrivé vers 14 heures, j’ai vu Zahir dans la salle d’attente. Il est venu vers nous, nous a embrassés, puis nous a aidés à porter les valises. »

Après avoir embrassé sa tante à l’entrée de la salle d’embarquement, Nabil se tourne vers Zahir. Qui a disparu : « Je l’ai cherché parmi la foule pour le ramener à la maison. Ne l’ayant pas trouvé, je suis rentré seul. J’étais loin de me douter de la suite. Il n’était ni stressé comme quelqu’un qui allait tenter une aventure exceptionnelle, ni excité à l’idée de réaliser un rêve. »

Avec 2 000 dinars en poche, vêtu d’un pantalon blanc, un tee-shirt et des claquettes, Zahir Guennana avait-il planifié son départ pour ce samedi 2 septembre ? Pourquoi, alors qu’il en avait les moyens, n’avait-il pas une tenue mieux adaptée et quelques euros qu’il aurait pu acheter au marché parallèle, pour faire ses premiers pas de clandestin en France ?

Pour Nabil, « il était arrivé à l’aéroport avec deux heures d’avance. C’est sans doute en regardant les avions, à travers la baie vitrée de la cafétéria qui domine le tarmac, que l’idée de partir a germé dans son esprit ». Halim, l’aîné des fils Guennana, abonde dans le même sens : « Mon oncle Farid est propriétaire d’un café à Metz. Il avait souhaité voir l’un de nous à ses côtés, pour l’aider. Est-ce en venant saluer la famille de cet oncle avant son retour en France qu’une funeste association d’idées a poussé Zahir à tenter l’aventure ? »

Reste à savoir comment il a réussi à passer entre les mailles serrées de la police. Échaudées par le détournement de l’Airbus d’Air France, en décembre 1994 par un commando du GIA, les autorités avaient pris des mesures draconiennes, rendant les aéroports algériens parmi les plus sûrs au monde. À Béjaïa, les avions au sol sont sous une surveillance permanente ; les passagers, comme les agents de service qui interviennent dans la zone internationale, sont soumis à un contrôle strict : traverser trois scanners et subir plusieurs fouilles au corps. « Même les douaniers sont contrôlés, ce qui a donné lieu à des frictions parfois bruyantes entre les officiers des deux institutions », révèle un agent d’Air Algérie.

Ce dispositif hermétique a, toutefois, son talon d’Achille. L’avion, qui se positionne en bout de piste, doit marquer un arrêt de quelques minutes avant d’entamer la procédure de décollage. À cet endroit, l’appareil est à 200 mètres environ de la clôture qui protège l’aéroport, le long de la route nationale. Est-ce ce maillon faible qui a permis à Zahir Guennana de gagner la piste pour se faufiler dans la loge du train d’atterrissage ?

L’hypothèse est d’autant plus plausible qu’elle est confortée par un vendeur de pommes de terre, dont l’étal est dressé au bord de cette même route, à un jet de pierre de la piste de décollage. Son témoignage est capital : « Des gens, qui attendaient le bus ici, à côté, criaient en faisant des gestes. Lorsque j’ai demandé pourquoi, ils m’ont affirmé avoir vu un jeune homme escalader la clôture métallique, et se diriger vers l’avion qui était sur le point de décoller. »

C’était dans l’après-midi du samedi 2, ou dimanche 3 septembre 2006. Le vol 13 22 d’Air Algérie à destination de Roissy-Charles-de-Gaulle décolle chaque jour entre 16 h 15 et 17 h 40...


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