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Air France, annexe du ministère de l’Intérieur ?


samedi 9 décembre 2006 - Réagir Imprimez

Expulsions. Jeudi, lors d’une manifestation, des salariés d’Air France et des militants du Réseau Éducation sans frontières en ont appelé à la conscience des pilotes et de leur compagnie.

Ils entrent dans l’avion, menottés, portés par des policiers, bâillonnés, parfois un casque de moto sur la tête pour éviter les blessures volontaires... Deux sont morts parce qu’ils s’agitaient trop. Un policier a été condamné à une peine minime pour avoir étouffé l’un d’eux... Ces expulsés qui refusent l’embarquement, vers la mort ou l’insupportable, sont légion. Hier après-midi, devant l’agence Air France, non loin de l’Opéra, à Paris, avait lieu un rassemblement de personnels de l’entreprise, à l’appel des syndicats CGT, SUD, CFDT et Alter, du Réseau Éducation sans frontières et de la Ligue des droits de l’homme. Il s’agissait de demander si, réellement, l’entreprise souhaite « devenir la compagnie aérienne qui menotte, matraque, bâillonne et rackette ses passagers », selon le texte de leur appel.

Un commandant fustigé pour avoir refusé une expulsion

À l’origine de cette manifestation, le fait que les avions de la compagnie servent si souvent aux reconduites à la frontière des étrangers refoulés, et la missive adressée, le 14 septembre dernier, par le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, au président-directeur général d’Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta. Dans ce message, le responsable policier se permet de tresser des lauriers aux pilotes méritants : ceux qui ont agi pour que les expulsions aient lieu malgré des mobilisations parfois importantes ; et il fustige l’attitude d’un pilote (sans le nommer mais en spécifiant le numéro de vol de son avion) qui avait, lui, refusé d’embarquer un sans-papiers expulsé. Le directeur général de la police nationale conclut sa lettre au PDG en déclarant qu’il « sait pouvoir compter sur votre engagement pour perpétuer l’entraide entre votre compagnie et les services de police dans leur mission d’éloignement dont vous connaissez, j’en suis sûr, les enjeux en matière de lutte contre l’immigration clandestine » (voir ci-dessous le document à téléchager).

Dans son message, le policier fait référence à un vol vers Lagos. Il s’agissait de renvoyer au Nigeria le jeune Jeff, soutenu par tout son établissement scolaire, les élus de gauche de Paris, les parents d’élèves. Le commandant de bord, militant UMP en Seine-et-Marne, avait, de lui-même, décidé de piloter l’avion, utilisant son droit hiérarchique pour éloigner le pilote primitivement désigné. Il avait fait monter les CRS à bord pour mater les passagers. Deux d’entre eux avaient été interpellés, jetés au sol, menottés, débarqués et placés en garde à vue. Ils n’avaient été libérés que le lendemain.

Autre vol évoqué : celui pour Bamako. Il s’agissait d’expulsés de Cachan. Bala Keita laissait en France sa femme enceinte et sa petite fille. Avec Djiré Sidy Mohammed, ils avaient été bâillonnés et menottés pendant toute la durée du vol. Diadié Sylla avait dû être hospitalisé à Bamako. Pour venir à bout des nombreux passagers qui manifestaient leur soutien, provoquant un retard de plus d’une heure du décollage, des dizaines de CRS avaient investi l’avion à la demande du commandant de bord.

À Lyon, un élu ceinturé par plusieurs policiers

Autre expulsion musclée, samedi dernier, à l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, pour la famille Raba. Le pilote d’Air France, interpellé par le conseiller régional communiste, François Auguste, sur la présence dans son avion de la famille kosovare, n’a pas réagi. L’élu a été ceinturé par plusieurs policiers, descendu de force, cloué au sol, menotté, et il a passé cinq heures en garde à vue, sans que cela ait fait frissonner la conscience du pilote.

Dans tous les cas, Air France porte plainte contre les passagers pour les retards provoqués au décollage. Si la conscience humanitaire des pilotes a besoin d’être interrogée, comme le fait, en - particulier, le syndicat des personnels navigants de l’UGICT-CGT dans une information au personnel, la collusion de la direction avec le pouvoir est avérée. Ce que l’entreprise réfute : « Ce sont les pilotes qui jugent de l’atteinte possible à la sécurité et à la sûreté de leur vol, et décident d’accepter ou de refuser les passagers qui risquent de les compromettre. Le ministère de l’Intérieur réserve ses places comme les autres passagers. »

Jean-Cyril Spinetta, PDG de l’entreprise, interrogé sur Europe 1, le 26 novembre, précisait : « En tant que citoyen, chacun a le droit de penser ce qu’il veut, mais moi (...), je me comporte en président d’une grande entreprise française appliquant, dans le domaine qui est le sien, les lois de la République. Et je ne sortirai pas de cette thématique, peut-être un peu simple (...) lorsque la République nous demande notre concours pour exécuter les décisions prises dans le cadre d’une légalité incontestable, je ne vois pas au nom de quel motif on le refuserait... »

Et puis, il y a les cas - qui coûtent encore plus cher aux contribuables - où le ministère de l’Intérieur craint à la fois la mobilisation des - familles, des parents, des amis, des élus, en un mot de la population, et le refus du pilote. Ainsi, c’est un avion privé, spécialement commandé par le ministère qui a renvoyé en Suède la famille d’Anton et Levon, et c’est un avion du ministère qui est resté coincé, mercredi soir, à Tirana, pour « cause de brouillard », avec dix policiers français et la famille Raba : trois enfants en bas âge et leurs parents blessés.

Émilie Rive. L’Humanité - édition 08/12/2006

- Téléchagez la lettre du Directeur de la police nationale adressée à Jean-Cyrille Spinetta, Pdg d’Air France

PDF - 460 ko

Lettre de Michel Gaudin à Jean-Cyril Spinetta.



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