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Air France : les équipages ne veulent plus être des supplétifs de la police


dimanche 15 juillet 2007 - Réagir Imprimez
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JEUDI CARROUSEL DU LOUVRE-Les pilotes d’Air France ne veulent plus êtres des supplètifs de la police

Salariés d’Air France et militants défendant les sans-papiers réclamaient, jeudi, aux actionnaires l’arrêt des expulsions sur les vols de la compagnie.

Entre les nombreuses boutiques de souvenirs du Louvre, une cacophonie harmonieuse attirait l’attention, jeudi, au beau milieu de ce haut lieu touristique : personnels d’Air France, syndicats, militants, journalistes, témoins et victimes des expulsions de sans-papiers, tout ce monde était réuni autour de la même cause : l’arrêt de l’utilisation des avions d’Air France pour expulser les sans-papiers. À l’appel des syndicats d’Air France (CGT, CFDT, CFTC, SUD Aérien, SPAF et ALTER), du Réseau éducation sans frontières (RESF) et des mouvements de sans-papiers, ils étaient plus d’une centaine qui attendaient les actionnaires à l’occasion de leur assemblée générale annuelle, pour leur demander d’intervenir dans ce sens auprès de la direction.

« POUR L’EMPECHER DE CRIER »

Depuis des mois, les incidents dus aux expulsions de personnes étrangères du territoire français se multiplient à bord des avions de la compagnie et le ras-le-bol des employés est de plus en plus perceptible. Sophie, trente-cinq ans, hôtesse, évoque ainsi son traumatisme au spectacle d’une Chinoise « qui criait beaucoup » sur un Paris-Pékin et d’ajouter « les policiers l’ont pliée en deux en lui mettant une couverture sur la bouche pour l’empêcher de crier, elle est tombée dans les pommes ».

Jean-Pierre Maurel, commandant de bord et membre du syndicat minoritaire SPAF, explique que l’expulsion « est un spectacle choquant pour les voyageurs, qui méritent un vol serein et reposant, mais également pour l’équipage ». Mais bien plus que d’image commerciale, il s’agit pour lui « d’éthique » : « Alors qu’Air France a pris partie contre le tourisme sexuel, pour le développement durable, etc. Elle se doit d’avoir une morale qui tienne compte de la situation. »

En raison des incidents, des vols ont été annulés et des passagers, qui ne supportent pas ce « spectacle », ont terminé devant les tribunaux parce qu’ils ont pris fait et cause pour le reconduit. Le 5 juillet dernier les syndicats du comité central d’entreprise (CEE) ont donc adopté une motion demandant aux actionnaires un arrêt des expulsions d’étrangers sur les vols d’Air France.

Jeudi, les salariés présents dénonçaient tous la « pénible tâche qui leur était confiée ». Face aux expulsions qui se multiplient, il est très difficile pour eux de « rester neutre et impassible ». Et Farid Belkacem, chef de cabine de conclure « on est humain quand même ».

MOBILISATION SOLIDAIRE

Cette « mobilisation solidaire contre les expulsions » dépasse le cadre du groupe. Jeudi, on pouvait comme le soulignait Richard Moyon, de RESF, qu’elle « s’inscrivait dans un mouvement de fond de la société ». Selon lui, « elle fait suite à celle des parents d’élèves qui se- sont mobilisés dans les écoles pour s’opposer à l’expulsion de familles ». Sur quelques-unes des nombreuses banderoles brandies par RESF, on pouvait lire « laissez-les grandir ici » ou encore « les jeunes à l’école, pas en rétention ». Alors que le gouvernement s’est fixé un objectif de 25 000 expulsions pour 2007, la mobilisation grandit et, hier, au Carrousel du Louvre, on voulait juste faire du ciel le plus bel endroit de la Terre...


« J’AI CRU QU’IL ALLAIT Y PASSER »

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Les hôtesses et stewards attendent de pied ferme les actionnaires d’Air France.


Farid Belkacem, quarante-huit ans, chef de cabine à Air France, a assisté à sa première expulsion il y a plus de huit ans.

Farid Belkacem, quarante-huit ans, chef de cabine à Air France depuis sept ans (entreprise qu’il a intégrée en 1985 en tant que steward), fait partie de ces membres d’équipage qui refusent d’être complices des reconduites contraintes à bord des avions. Et qui demandent à la direction de l’entreprise la fin immédiate des expulsions de clandestins sur ses vols.

Sa première reconduite, il y a assisté il y a plus de huit ans. Et s’en souvient comme si c’était hier. « Nous étions au sol. C’était un rapatriement au Mali. Devant les passagers déjà installés, l’homme a été amené jusque dans la cabine à l’horizontale. Les policiers l’ont posé au pied des sièges, puis lui ont ligoté les pieds et les mains. Comme il hurlait, ils lui ont enfoncé des serviettes en papier dans la bouche. C’était horrible. Il avait les yeux exorbités, j’ai cru qu’il allait y passer. Un spectacle dégradant, révoltant, inhumain... Je ne sais même pas quel terme utiliser pour décrire la scène, tant c’était choquant ! Ce qui est sûr, c’est que cela m’a retourné le sang. Les passagers regardaient, sans comprendre. Parmi eux se trouvaient des enfants. J’étais obligé d’intervenir, je ne pouvais pas laisser passer ça. Je suis allé prévenir le commandant de bord, qui a décidé de le débarquer. »

« Après ça, poursuit Farid Belkacem, j’en ai parlé âmes collègues, qui m’ont alors confié qu’ils avaient, eux aussi, assisté, impuissants, à des scènes similaires. Mais ce n’est pas toujours évident de s’interposer. Car d’abord on est véritablement sonné. Ensuite, il y a la crainte des retombées au niveau de la direction... » Pourtant, il a décidé, avec d’autres, « de ne plus cautionner » ces agissements et de faire front. Car, « depuis les lois Sarkozy, estime-t-il, ce genre de situations est de plus en plus fréquent ».

L’homme supporte de plus en plus difficilement d’être confronté à ces expulsions. « D’un point de vue purement professionnel, nous n’avons pas été formés pour ça. Déjà, pour la sécurité de la cabine, ce n’est pas gérable. L’avion est un espace confiné, les risques y sont démultipliés. Humainement parlant ensuite, c’est insupportable. Nous ne sommes pas un fourgon volant. »

« J’attends une décision ferme de ma direction », conclut-il, déterminé.


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Solidaire, un actionnaire d’Air France signe la pétition contre les expulsions des sans-papiers dans les avions de la compagnie

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